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Pratique

Ce n’est pas de la flemme : pourquoi tu repousses tout, et le geste de 2 minutes qui débloque

La procrastination n’est ni de la paresse ni un problème d’agenda : ton cerveau fuit une émotion. Pourquoi, et cinq gestes pour t’y mettre dès ce soir.

Sommaire
  1. La procrastination n’est pas un problème de temps, mais d’émotion
  2. Ton cerveau traite le toi de demain un peu comme un inconnu
  3. Pourquoi ta liste de choses à faire aggrave tout
  4. Cinq gestes pour te débloquer ce soir
  5. Quand c’est plus que repousser
  6. Questions fréquentes

Tu ne procrastines pas par paresse. Tu procrastines parce qu’une tâche te fait ressentir quelque chose de désagréable (l’ennui, le doute, l’angoisse), et que ton cerveau préfère aller mieux tout de suite plutôt qu’être tranquille plus tard. Règle l’émotion, et la tâche suit souvent.

Il est 21 h. Le mail que tu évites depuis quatre jours est toujours là. Entre-temps, tu as rangé la cuisine. Et tu ne te reposes même pas : tu culpabilises tout du long.

La procrastination n’est pas un problème de temps, mais d’émotion

Procrastiner, c’est repousser quelque chose qu’on a l’intention de faire, tout en sachant que le retard va empirer les choses. C’est à peu près la définition de Piers Steel, qui a rassemblé des centaines d’études sur le sujet en 2007.

Ce qui la prédit, ce n’est pas le manque de temps. Dans l’analyse de Steel, les liens les plus constants sont avec le désagrément de la tâche, le doute d’y arriver et l’impulsivité. En 2013, les psychologues Fuschia Sirois et Timothy Pychyl l’ont résumé ainsi : procrastiner, c’est réparer son humeur à court terme.

Le tableau de Nicolaes Maes : une servante dort, la tête dans la main, au milieu des casseroles posées sur un carrelage, un chat vole un poulet derrière elle, et une autre femme sourit au spectateur en la montrant du doigt.
« La servante paresseuse », Nicolaes Maes, 1655. Pendant des siècles, on a peint la procrastination comme un défaut de caractère. La recherche raconte autre chose. Nicolaes Maes, domaine public, via Wikimedia Commons

Ton cerveau traite le toi de demain un peu comme un inconnu

En 2009, une équipe de Stanford a observé le cerveau de 18 étudiants pendant qu’ils jugeaient si des mots les décrivaient aujourd’hui, eux dans dix ans, ou une célébrité. Une zone qui s’active fort quand on pense à soi réagissait moins pour « moi dans dix ans » que pour « moi maintenant ». Et plus l’écart était grand, plus les participants préféraient un peu d’argent tout de suite à davantage plus tard (Ersner-Hershfield et ses collègues, 2009).

La procrastination prend le même raccourci : le toi de ce soir récupère le soulagement, le toi de demain, presque un inconnu, récupère l’échéance et le stress.

Elle a même sa version du soir : veiller bien trop tard pour reprendre le temps libre que la journée a pris, en sachant qu’on le paiera à 7 h. Ça s’appelle la revenge bedtime procrastination, que connaissent bien celles et ceux qui portent la charge mentale d’un foyer.

Pourquoi ta liste de choses à faire aggrave tout

Une longue liste rassure. Mais chaque ligne floue (« impôts », « appeler pour le truc ») est une petite dose d’angoisse. Et une tâche pas faite ne reste pas sur le papier : elle revient dans ta tête. Une tête encombrée oublie aussi davantage, comme le montre l’effet de la porte.

En 2011, E. J. Masicampo et Roy Baumeister l’ont mesuré : les objectifs inachevés provoquent des pensées intrusives et font baisser les résultats ailleurs. La surprise : pas besoin de finir la tâche pour la faire taire. Écrire un plan précis (quoi, quand, où) suffisait (Masicampo et Baumeister, 2011).

Cinq gestes pour te débloquer ce soir

1. Réduis la première étape jusqu’à ce qu’elle soit presque ridicule

« Faire ma déclaration d’impôts » est une montagne. « Retrouver l’avis de l’an dernier et le poser sur la table » prend deux minutes. L’angoisse se loge surtout avant de commencer ; une fois dedans, la tâche paraît souvent plus petite.

2. Mets un mot sur l’émotion

Qu’est-ce que cette tâche te fait ressentir ? De l’ennui, la peur de mal faire, de l’agacement ? Mettre des mots sur une émotion calme l’alarme du cerveau : dans une étude de l’UCLA de 2007, nommer une émotion faisait baisser l’activité de l’amygdale.

3. Écris un plan « si… alors »

Pas « je le ferai demain », mais « s’il est 20 h et que le dîner est fini, alors j’ouvre le fichier ». Les psychologues parlent d’intention de mise en œuvre, l’une des astuces les mieux testées : une synthèse de 94 études a trouvé un effet moyen à fort sur l’atteinte des objectifs (Gollwitzer et Sheeran, 2006).

4. Sors de ta tête tout ce qui traîne

Avant de commencer, vide ta tête : chaque « il faudrait que… » s’écrit, avec une prochaine étape et un moment. C’est le résultat de 2011 appliqué à tout, et la tâche devant toi a enfin toute ton attention. Le brain dump montre comment faire en dix minutes.

C’est exactement le rôle de MemoryPilot : tu dis « rappelle-moi d’appeler le comptable jeudi à 10 h ». Ça revient au bon moment.

5. Pardonne-toi pour hier

En 2010, des chercheurs de l’université Carleton ont suivi des étudiants de première année sur deux séries de partiels. Ceux qui s’étaient pardonné d’avoir procrastiné avant le premier examen procrastinaient moins avant le second (Wohl, Pychyl et Bennett, 2010). Se flageller ajoute une émotion désagréable de plus à la tâche, et c’est justement ce que tu fuyais.

Quand c’est plus que repousser

Piers Steel estimait qu’environ 15 à 20 % des gens sont des procrastinateurs durables (université de Calgary, 2007). Si tout repousser s’accompagne d’un moral en berne qui ne remonte pas, ou si c’est là depuis toujours et que ça te coûte au travail, côté argent ou dans tes relations, parles-en à ton médecin.

Questions fréquentes

Pourquoi je procrastine tout le temps ?

Parce que les tâches en face de toi paraissent désagréables, floues ou risquées, et que les éviter soulage tout de suite. Plus ce soulagement marche, plus l’habitude se renforce. Si c’est permanent et que ça pèse sur ta vie, parles-en à ton médecin.

Comment arrêter de procrastiner et passer à l’action ?

Commence plus petit que raisonnable : deux minutes sur la première étape concrète. Écris un plan « si… alors » (« s’il est 20 h, alors j’ouvre le fichier »), sors de ta tête les autres tâches avec leur prochaine étape, et pardonne-toi pour hier au lieu d’ajouter de la culpabilité.

Quelle est la définition de la procrastination ?

La procrastination, c’est repousser volontairement une tâche qu’on a l’intention de faire, tout en sachant que ce retard risque d’empirer les choses. Ce n’est pas de la paresse : on veut faire la tâche, mais on évite l’émotion désagréable qu’elle provoque. Le mot vient du latin « procrastinare », remettre au lendemain.

Pourquoi je repousse l’heure d’aller me coucher ?

Souvent parce que la soirée est le premier moment qui t’appartient, et qu’aller au lit y met fin. Les chercheurs parlent de procrastination du coucher ; sur les réseaux, de revenge bedtime procrastination. La maîtrise de soi est aussi au plus bas le soir. Garder 30 minutes à toi plus tôt dans la soirée et choisir une heure réaliste aident le plus.

Arrête de tout retenir.

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